L’interview de SCH

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C’est dans les coulisses du The Beat Festival à Genève que repreZent est allé rencontrer SCH, l’occasion pour nous de faire plus ample connaissance avec un artiste sincère et qui ne cherche pas à se cacher. Quelques minutes pour évoquer sa musique bien entendu, mais pas que…

Il semblerait que les journalistes ont de la peine avec toi, qu’ils n’arrivent pas à te faire sortir de ta bulle…
Ils devraient peut-être me poser des questions plus ciblées, si vraiment t’as envie qu’on parle d’un sujet qui te titille il faut y aller franchement avec moi, pas commencer à tourner autour du pot pour obtenir tes réponses d’une manière détournée.

Tu devrais presque faire de la politique avec ce genre de réponse…
Tu sais dans la musique on fait beaucoup de ça en vérité, pour travailler correctement on a besoin d’instaurer ça même si le mot est grand par rapport à ce que l’on fait.

Mais donc tu joues quand même un peu avec les médias?
Non, j’irais pas jusque-là… c’est un peu fort ça. En vrai, j’essaie simplement d’être le plus franc possible par rapport à ce que je pense. J’essaie d’en dire le moins possible sur ma vie privée parce que ça relève du privé. Mais pour ce qui est du contexte musical pour moi

il n’y a aucun tabou à avoir, si ce n’est de protéger les siens.

Comme tout le monde j’ai des potos qui n’ont pas envie d’être exposé, ma famille je ne veux pas qu’elle soit exposée donc je ne mets pas le doigt dessus. Mais après je ne pense pas jouer un rôle, je préserve ma vie privée, mais ça s’arrête là.

Pourtant tu parles beaucoup de toi dans tes textes…
C’est la seule porte que j’ouvre aux gens pour qu’ils puissent me connaître, j’arrive à en parler par la musique, mais ce ne sont pas des choses que je peux évoquer en interview avec quelqu’un que je n’ai jamais vu avant pour qu’ensuite ça se retrouve sur un support que tout le monde pourra consulter.

Dans la musique je peux faire passer beaucoup plus de choses, d’émotions… des gens peuvent se retrouver dans ce que je dis, car même si l’on a tous des vies différentes on peut se retrouver dans certains trucs.

Par contre si je raconte la même chose en interview, sans rien d’autre que moi ça devient tout de suite complètement personnel.
Est-ce que c’est pour toi une force de la musique que de pouvoir être aussi intime tout en parlant à beaucoup de monde en même temps?
Oui, ça préserve un certain mystère, une certaine magie et surtout ça préserve ta vie privée. Et sans parler musique, au-delà de ça actuellement plus personne n’a de vie privée. On a des ordinateurs, des gens peuvent rentrer dans nos webcams, nous regarder…

Je pense que l’heure est grave et on a tous intérêt à protéger nos vies privées que l’on soit artiste ou pas.

Ça te fait peur tout ça?
Non, ça ne me fait pas particulièrement peur, mais je fais attention… après c’est comme les hypocondriaques, ils ne te diront jamais qu’ils le sont. Ils te disent juste qu’ils font attention, on fait attention, c’est tout. En vérité, y’a des gens mal intentionnés partout, c’est surtout pour ça qu’il faut essayer de se préserver au maximum, ce n’est pas parce que l’on a peur de quelque chose, c’est surtout pour s’éviter des problèmes.

Toi qui es maintenant vraiment sous le feu des projecteurs, est-ce que ça t’a fait changer ta perception de la musique?
Tu sais même si je te dis que ça ne change rien, je mentirais… en une année j’ai l’impression d’en avoir vécu dix. Quand je vais mourir j’aurai vécu deux vies et j’ai de la chance, je sais que plein de jeunes aimeraient que ça leur arrive, mais quand c’est toi je peux t’assurer que c’est pas pareil. Donc même si je te dis que non, inconsciemment, oui ça a changé ma perception, ma façon de faire la musique. Mais mon amour pour la musique est toujours le même et ça ne changera pas. C’est toujours pareil, une fois que tu as goûté au truc, que tu as vu les rouages, forcément tu as une autre approche et c’est légitime.

L’album que tu tournes actuellement est très sombre, tu disais en interview que tu écrirais des choses positives quand tu souriras… en une année de tournée, tu as dû t’amuser un peu quand même?
Forcément, on passe des bons moments même si physiquement et moralement c’est fatigant. On n’est pas beaucoup de mon âge à pouvoir voyager comme je voyage, de rencontrer autant de monde… de vivre nos vies.

Du coup, ton prochain projet reste sombre ou il sera plus joyeux?
Là, je suis vraiment John Lennon dans le sens ascète sur ce que je suis en train de créer actuellement.

C’est le retour du scélérat.

Une façon de contrebalancer l’année que tu viens de vivre?
Non, ce n’est pas une idée de yin et yang, c’est pour re-rentrer dans le lard. Sur mes deux derniers projets je me suis ouvert à différents publics là j’espère pouvoir réunir mes deux publics différents et pouvoir les rassasier…

Et tu fais ça comment, concrètement tu composes sur la route?
Je fais ça dans le noir, aucune source de lumière… ça m’inspire, c’est tout con… je suis comme tout le monde, je n’ai pas de recettes mystère. Il y a des moments où je n’ai pas d’inspiration, des moments de doutes. On est tous des êtres humains. Après je pense qu’il faut se faire du mal, pas forcément des trucs physiques, faut se faire du mal moralement pour composer. La réussite c’est au sacre, plus le sacre sera grand plus la réussite sera belle. Plus tu te fais du mal en écrivant, et te sortant des trucs des boyaux plus ça sera beau.

Du coup, est-ce qu’on peut écrire bien en étant heureux selon toi?
Non… non je pense pas.

C’est pour ça qu’on n’est pas en quête de la plénitude parce que ça ramollit… ça ramolli d’être heureux.

Ça serait ça la force du rap?
Ouais c’est peut-être bien ça en fait. Je ne pense pas qu’il y ait beaucoup de mecs heureux chez nous… Et puis bon de toute manière on ne sait pas vraiment ce que c’est d’être heureux… c’est quoi en vrai d’être heureux?

Généralement si on ne se pose pas la question c’est qu’on est heureux…
Peut-être, je ne sais pas… On ne manque de rien nous, c’est déjà bien.

Ton tracksuit du Bayern me fait rappeler qu’ils t’aiment bien là-bas aussi… T’arrives à nous expliquer pourquoi les Allemands s’intéressent à toi?
Les Allemands c’est des mordus de rap français, en tout cas tous les artistes allemands que j’ai croisés suivent ce qu’on fait. Ils ne sont pas à fond sur le ricain, c’est ce qu’ils m’ont fait comprendre… Ils me parlaient d’artistes français pas de Gucci Man, Future ou autres. Moi ça m’a étonné. Nous, en tant que Français, on n’écoute pas de rap allemand… c’est une question que je me suis aussi posée, mais elle est restée sans réponse. Mais c’est fou, de se dire que des mecs qui ne comprennent pas mes paroles écoutent ma musique, ça veut dire qu’il y a un vrai truc, que ma musique c’est plus que du texte.

Cette recherche d’aller au-delà du texte c’est une démarche consciente?
Oui, après c’est aussi l’époque qui veut ça. Cette nouvelle génération veut que la parole soit accompagnée par la mélodie et inversement. On dira ce qu’on veut, mais un rap sec sans mélodie ou un rap plus mélodieux on écoutera le rap plus mélodieux. Moi c’est ce que je préfère en tout cas. Je pense que la mélodie joue beaucoup, et pas seulement dans le beat mais aussi dans la façon de poser son texte, la mélodie vocale. On vit une belle époque musicale, heureusement que je ne suis pas resté cantonné à ce que je faisais y’a huit ans…

On n’a plus vraiment de limites, le rap est vraiment devenu de la musique, on n’est plus enfermé dans une case.

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