L’interview de Marekage Streetz (A’s, Alban)

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Les fêtes sont bientôt là et Reprezent a pensé à vous! Enregistrée fin octobre, voici donc une interview de A’s et Alban, deux membres d’un collectif qui a plus de dix ans d’existence et dont le nom résonne encore dans les rues et les têtes genevoises.

Reprezent: Qui fait partie du groupe Marekage Streetz?
A’s: Autant zéro que cent personnes…voir des millions… (rires)
Alban: C’est plus une entité, qui a passé dix ans d’existence, qu’un groupe. C’est un collectif, un état d’esprit. Il y a des membres actifs, d’autres moins. Et des gens qui ne font même pas du rap. Actuellement, dans la musique, il y a A’s qui est actif, Mr White, Mr Bil et moi je fais des instrus de temps en temps…Il y a également Bobby qui est affilié au collectif et qui s’occupe parfois de la partie enregistrement et mix et qui apparaît aussi sur des morceaux.

Ca fait depuis combien de temps que les mc’s de l’entité rappent du coup, en tout cas toi A’s?
A’s: Moi, ça fait depuis que j’ai douze, treize ans. J’ai commencé à l’époque en regardant les plus grands: le 19e régiment de Thônex, le collectif dont faisaient partie Anuar (Le Duo), Paul Position, Enok Sainkel, L’1Fantrie etc. Ensuite y a eu le groupe Paintball pour ma part avec Mr White, Mr Green, Dogzy Blue Malone, Berek… Ma première apparition ça été sur la mixtape Casino, enregistrée en 99’, mais sortie plus tard. Mais ma première apparition ‘marekageuse’ ça a été sur GTA.

Avec tout ça, ça vous fait quel âge aujourd’hui?
Alban: Moi j’ai 36 ans.
A’s: 32 ans.

Vos meilleurs et pires souvenirs d’école?
Alban: Pas spécialement de pires ou meilleurs souvenirs, mais la meilleure période reste le milieu et la fin des années 90’ avec l’arrivé du Basket et du mouvement Hip Hop. On se voyait à l’école, on jouait au basket ensemble et on se recroisait le soir en soirée Hip Hop, c’était un bon délire…
A’s: Ouais, pareil. Le pire pour moi c’était le Collège, parce que j’ai doublé trois fois (rires). Mais pour rebondir sur ce qu’Alban dit, c’est au cycle aussi qu’on a commencé à rencontrer d’autres gars qui rappaient. T’arrivais un jour avec un texte que t’avais écrit parce qu’un autre avait écrit un truc…il y avait une émulation. Alban parlait de basket, moi je jouais au foot avec des gars à gauche, à droite…certains rappaient ou faisaient des sons.

Il y a beaucoup de références de trentenaires dans les titres de Marekage Streetz. Du coup quels sont les derniers films et séries qui vous ont marqué?
A’s: Hormis Game of Thrones que j’aime bien, je préfère les séries de narcotrafiquants du style The Wire et son préquel The Corner par rapport à mon histoire personnelle, mais aussi parce que ça offre une explication du monde dans lequel on vit. Donc actuellement les séries que j’ai bien kiffé sont El Cartel de los Sapos une narcosérie colombienne disponible qu’en espagnol sur l’ascension et la chute du ‘Cartel del Norte del Valle’, Il Capo dei Capi une série en six épisodes sur Toto Rina et la team de Corleone, Narcos et Gomorra. En film il y a Usual Suspects, King of New York ou encore Paid in Full parmi les classiques que j’ai rematé récemment. Et sinon Suburra ou Romanzo Criminale (film et séries) dans les ‘nouveautés’.
Alban: J’ai jamais vraiment croché sur les séries à part dernièrement The Wire ou Narcos. En film je regarde ce qu’il y a de dispo en streaming, parfois y’en a un qui sort du lot. De récent, je conseillerais Tout tout de suite, sinon des scénarios à la Enemy ou Memento j’aime bien, et après bien sûr y’a les classiques Menace 2 Society, New Jack City, Fresh…

Qui écoutez-vous en rap français et Us?
Alban: En rap français dans les anciens, un des seuls que j’arrive encore à écouter au 2e degré, c’est Booba. Sinon j’ai bien aimé Niska et XV Barbar pour le côté énergique ou MHD pour le côté nouveau du style ‘AfroTrap’. En cainri, j’écoute pas mal French [French Montana: NDJ] surtout pour les prods de Harry Fraud, et sinon j’ai bien aimé West SideGunn qu’on m’a fait découvrir y’a pas longtemps.
A’s: En ce moment, Booba aussi. Sinon j’aime bien Kekra, Jarod, Dosseh. Despo, je trouve que c’est un génie, mais Lino reste pour moi le grand patron…En cainri, j’adore les trucs de Philadelphie comme Ar-Ab, Dark-lo et leur team OBH, Freeway, Peedi Crack, Oschino etc…Du sud aussi, comme Kevin Gates. J’kiffe les prods de Metro Boomin et de London on the Track mais pas toujours ceux qui posent dessus (rires). Ensuite à New York, y a les Coke Boys, Al-Doe ou Cam’ron.

Y a-t-il qqn de Genève avec qui vous aimeriez faire un featuring?
A’s: On avait fait un projet à l’époque qui s’appelait By Parkz (2008) sur lequel on avait réuni pas mal de gens de notre génération…on a également fait beaucoup de feats et freestyles à l’époque donc en gros ceux qui devaient être fait ont été faits et ceux qui doivent se faire se feront naturellement. J’avais également dirigé un projet appelé 022 Long Rifle que j’ai réalisé avec l’aide de Sven, un jeune du quartier, Bobby, Arthur de Prodjection et Dj Overdose. Ce projet était en quelque sorte le pendant de By Parkz, à la différence qu’il était principalement axé sur la génération suivante, celle que t’entends aujourd’hui sur Genève et ses alentours. C’était en 2011. Actuellement je fais pas mal de feats avec des jeunes issus de cette mouvance.
Alban: Localement, on se connaît tous plus ou moins depuis 15 ans, on a tous des amis en commun donc les featurings se font naturellement.

Du coup comme ça fait longtemps que vous avez un pied dans le ‘milieu’ du rap genevois, vous en pensez quoi?
Alban: Je pense qu’à Genève on a tous relativement accès facilement à du matériel, donc il y a un niveau de qualité musicale impressionnant pour la taille de la ville. Mais de manière générale, malheureusement, je pense que ça ne génère pas suffisamment d’argent.
A’s: Je rejoins ce qu’il dit. Si on compare avec un pays comme la Belgique, dans lequel il existe deux langues en l’occurrence, il y a quand même des mecs comme Damso, Hamza, Gandhi, Scylla qui arrivent à s’implanter sur le marché français. Le pôle principal reste quand même Paris, certains arrivent à s’exporter… mais pour les gens d’ici en général c’est encore compliqué…
Alban: Ce n’est pas normal, je trouve, qu’il n’y ait pas plus d’artistes qui vivent de leur musique, même à l’échelle de la Suisse romande. Sur les deux millions d’habitants, il y a bien 7’500 personnes, environ 0.4% de la population romande, capables d’acheter potentiellement du rap local (7’500 = disque d’or en Suisse Romande). En vingt ans les choses auraient dû bouger plus…C’est dur de faire tourner un business si il n’y a pas les structures promotionnelles pour… Il n’y a qu’une émission de radio spécialisée, un seul média internet, toujours pas d’émission dédiée à la culture urbaine sur la RTS ou Léman Bleu… Peut-être que ce serait à des gens de notre génération de le faire, de monter des dossiers, d’aller se présenter…

Expliquez-moi le titre de votre dernier projet Dope Boyz Blues
A’s: C’est un constat en fait. On est arrivé à un certain âge et il s’est passé pas mal de trucs en dix ans. Beaucoup de choses liées à la dope, sous toutes ses formes. Beaucoup de choses liées au rap, à la vie. C’est une sorte de bilan. Ce projet a été entièrement produit et enregistré par Nobodys Soundz, par Kesta en particulier. Les riffs de guitare d’Hugo ont été une énorme plus-value. Il faut savoir qu’il n’y a eu aucun calcul, on enregistrait juste comme ça et au fur et à mesure. Au final une couleur s’est dégagée des morceaux, une couleur assez blues, mélancolique, wavy comme dirait Charles (Max B). Le titre est donc venu naturellement.

Et par rapport à la drogue A’s, quand tu dis sur disque que tu deales, t’as pas peur que ça t’attire des ennuis?
A’s: Franchement t’as vu ma tête: que je rappe ou pas, je me fais contrôler pareil… (rires). Plus sérieusement, je rappe ma vie et parfois la faim justifie les moyens…Et apparemment ils me connaissent déjà, j’ai une anecdote liée à ça: On tournait la première scène du clip Clever Bag au mois d’Avril aux Eaux-Vives et il y a un policier en uniforme, qui a nous a lancé depuis la fenêtre de sa voiture de patrouille: ‘Marekage Streetz, bien ou quoi’? (rires)

Maintenant un petit questionnaire où vous devez choisir ce que vous préférez:
Sangoku ou Vegeta ?

A’s: Vegeta en général, mais Sangoku quand il lui montre indirectement la 3e transformation.
Alban: C’est lequel le gentil? (rires)

Burger King ou Macdo?
A’s: Mmmhh…Burger King.
Alban: Pour le goût, Burger King.

FIFA ou PES?
A’s: PES à l’époque, mais aujourd’hui FIFA est passé devant.
Alban: Je joue pas à la console.

Bords du lac ou bords du Rhône?
Alban: Bords du Rhône parce que c’est plus près, mais en vrai c’est saturé les bords du Rhône, mais le spot reste cool…
A’s: Bords du Rhône.

Et dernière question, quelle actualité pour Marekage Streetz?
A’s: On a pas mal de morceaux enregistrés, peut être une tape gratuite en fin d’année… Personnellement, j’ai un prochain sept titres qui sera en vente et qui arrive en début d’année prochaine qui s’appelle: Le Royaume d’Asgard. Je fais souvent référence à la mythologie scandinave que j’aime particulièrement depuis que je suis petit. J’ai sorti pas mal d’EP et un album. En fait depuis que j’ai arrêté de bédave [arrêter de fumer: NDJ], il y a six ans, je suis plus productif qu’avant étonnamment. En tête, j’ai deux prochains projets. Un qui s’appellera The Lost Canvas qui fait référence à l’animé des Chevaliers du Zodiaque et un autre qui s’appellera Les Gars De Dehors. Ce titre est plus terre à terre que ceux de mes autres projets ou celui de mon album Les Mondes Engloutis, qui faisait référence au dessin animé du même nom, mais aussi à la Genève ‘d’en-bas’ qui cherche la lumière. Pour les autres membres du collectif, il y a aussi des choses en préparation…

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